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Une monnaie pour booster les enjeux collectifs de l’entreprise

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Inspirée par les succès et les valeurs des monnaies complémentaires, une équipe de recherche pluridisciplinaire de l’opérateur Orange mène une étude dans le cadre du programme de Recherche “Entreprise Digitale”. Elle teste, depuis octobre 2019, les opportunités d’une monnaie interne auprès des collaborateurs de l’opérateur.

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Les monnaies locales, à distinguer des monnaies spéculatives comme le Bitcoin ou l’Ethereum, visent généralement à favoriser les systèmes de don et d’échanges locaux en limitant l’endettement. Selon l’économiste Bernard Lietaer, “bien conçue, elle crée la quantité de monnaie exactement nécessaire pour mener à bien une transaction qui, autrement, n’aurait pas lieu”. Outre l’échange économique local, ces monnaies incluent parfois des échelles de valeurs basées sur le temps, le savoir ou le savoir-faire. Initialement centrées vers une économie locale en circuit fermé, elles ont parfois testé, entamé, initié des interactions avec la monnaie officielle nationale. Au Japon, le système Fureai Kippu (littéralement : “ticket de relation cordiale”) est officiellement reconnu pour l’aide aux personnes âgées. Plus près de nous, au Royaume-Uni, dans la ville de Bristol, les factures d’énergie ou les taxes locales peuvent être payées en Bristol pound. Lancée en septembre 2012, la Livre de Bristol est aujourd’hui l’alternative à la monnaie officielle la plus répandue au Royaume-Uni.

La monnaie complémentaire à également su trouver sa place dans le milieu professionnel. En Suisse, la monnaie WIR permet aux entreprises de mieux traverser les crises économiques depuis 1934. Au Japon, quelque 1600 employés de Mitsubishi UFJ Financial Group testent le MUFG coin pour régler des dépenses liées à leur travail.

On compte aujourd’hui environ 5.000 monnaies locales complémentaires dans le monde, mais ce phénomène est encore assez récent en France. L’Abeille, à Villeneuve-sur-Lot ou la Sol-Violette font figurent de pionnières parmi quelques autres. De nombreuses villes ou régions ont, ces dernières années, emboîté le pas de ces précurseurs. On ne dénombre pas moins de 150 monnaies locales en France aujourd’hui, dont la plupart cherchent encore leur marché après une phase de lancement.

Portées souvent par des valeurs fortes en alternatives à l’argent comme finalité, ces monnaies peuvent-elles s’installer durablement dans les entreprises ? C’est tout l’objet du projet de recherche d’Orange : expérimenter dans l’entreprise de nouvelles formes de reconnaissance et de solidarité.

Mobiliser des ressources disponibles

Comment relever des défis ou enjeux dans un contexte budgétaire contraint ? Les organisations, quelles qu’elles soient, éprouvent généralement davantage de difficultés à mobiliser les énergies sur des actions collectives, en dehors des missions principales des individus. Dès lors, comment inciter les collaborateurs d’une entreprise à créer de nouvelles transactions au service de défis collectifs, comme l’environnement ou la Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) sans recourir au levier purement financier, nécessairement limité ?

Une-monnaie-pour-booster-les-enjeux-collectifs-de-l-entreprise-figure-2_FRDes chercheurs d’Orange ont eu l’idée de s’appuyer sur les expériences réussies de la monnaie complémentaire pour transposer et tester ce nouveau levier au sein de l’entreprise. Encourager les salariés à faire du co-voiturage ou diminuer l’empreinte carbone de sa boîte mail sont des exemples de défi collectif que l’entreprise pourrait prochainement soutenir avec sa nouvelle monnaie, Unita, actuellement en cours d’expérimentation.

Le fonctionnement est le suivant : des enjeux visant à promouvoir des pratiques collectives ou des valeurs issues de la RSE sont proposés aux salariés. En participant, le collaborateur gagne et cumule des unitas sur son compte, qu’il peut ensuite choisir d’échanger contre des lots dits “expérientiels”. Ces lots ont pour but de faire vivre au salarié une expérience originale au sein d’Orange, par exemple être invité à un événement privilégié du groupe ou visiter un site d’exception. Un collaborateur peut aussi récompenser un collègue ou organiser à son tour son propre enjeu.

Quel avenir pour la monnaie d’entreprise ?

A bien des égards, les valeurs autour de l’éthique, de l’écologie et du social, soutenues par les monnaies locales, convergent vers les enjeux actuels de nombreuses entreprises. En effet, pour répondre aux préoccupations de leurs clients, de leurs salariés, ou de leurs actionnaires, qui sont aussi des consommateurs avisés et responsables, les grandes entreprises intègrent de plus en plus de critères environnementaux ou sociétaux au travers notamment de la RSE.

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Dans son livre On Globalization, Georges Soros, milliardaire d’origine hongroise, affirme que le commerce international et les marchés financiers globaux ont fait la preuve de leur capacité à créer de la richesse, mais ne sont pas en mesure de satisfaire un certain nombre de besoins sociaux comme la protection de l’environnement ou l’amélioration des conditions de travail : ce que l’on appelle, en somme, le bien commun.

De même, des sondages ont montré que la relation entre les personnes était transformée lorsque l’échange s’appuyait sur une monnaie complémentaire. Par exemple, une nette préférence des personnes âgées, au Japon, à être prises en charge par des personnes acceptant des tickets Fureai-Kippu plutôt que par celles qui se faisaient payer en yens.

En conclusion

Portée par ces convictions et les premiers retours d’expérience, l’équipe de recherche d’Orange ambitionne de généraliser la monnaie interne “Unita” dans l’entreprise. Des premiers tests ont d’ailleurs déjà été effectués avec les Orange Labs Internationaux.

Après une première phase encourageante, le projet est maintenant dans une phase de développement pour atteindre une taille critique d’utilisateurs, afin de créer de nouvelles coopérations et solidarités et pérenniser ainsi ce nouveau moyen au service de la performance sociale et environnementale de l’entreprise et de ses collaborateurs, et pourquoi pas auprès de ses clients ; ces valeurs ne s’arrêtant effectivement pas au seuil de l’entreprise. Rendez-vous est pris fin 2020 pour un point d’avancement.

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Cet article vient du Blog de la Recherche

Auteurs :

  • Thibaut Feuillet

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