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Reflet numérique professionnel : connais-toi toi-même !

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L’analyse des données trouvées dans l’ordinateur du collaborateur permet de dresser une image numérique de son activité. Pour la première fois, le collaborateur d’une entreprise a une vision synthétique de ses données : son Reflet numérique professionnel. En généralisant la méthode aux autres ressources de l’entreprise, les collaborateurs peuvent alors avoir la visibilité sur des éléments de l’entreprise jusqu’alors invisibles, tout en protégeant leurs données personnelles professionnelles !


Qu’est-ce que le Reflet numérique professionnel ? C’est la liste des caractéristiques qui vous décrit en tant que collaborateur d’une entreprise (voir ci-contre). Cette description numérique est obtenue par Traitement Automatique du Langage des données du collaborateur : documents sur les disques, messagerie ou données d’applications spécifiques de l’entreprise (réseau collaboratif, sharepoint, etc.) L’algorithme intelligent, développé par une équipe de recherche chez Orange, extrait des mots clés pertinents qu’il catégorise (communauté, projet, contenu, etc.) et qu’il pèse en fonction du nombre d’occurrences notamment.

Le terme de Reflet numérique a été choisi pour notre algorithme car il est le reflet de ce que “disent” les données, sans être exhaustif de la réalité du travail de la personne (le reflet peut être plus ou moins déformé). Ce reflet est aussi professionnel car il présente une analyse des données de travail et en extrait des informations professionnelles. Il ne contient pas de données personnelles privées (à moins que celles-ci aient été mélangées avec les données professionnelles, auquel cas le collaborateur pourra lui-même les exclure, s’il le souhaite).

Le reflet numérique offre au collaborateur une meilleure perception de l’étendue de ses réalisations, de ses thèmes de travail, de ses communautés (auto-valorisation). Il permet un meilleur contrôle de sa vie professionnelle. L’image que me renvoie mon miroir numérique est-elle conforme à ce que je veux être ou faire à ce stade de ma carrière ? Que dois-je changer ou accentuer pour atteindre mes objectifs de développement personnels ? Le collaborateur peut facilement retrouver ses productions ou les groupes auxquels il appartient (pointeurs pour retrouver documents ou communautés).

Bien évidemment, le reflet numérique professionnel se doit, pour une appropriation en toute confiance, de n’être visible que par son propriétaire. Dévoiler tout ou partie de ce qui décrit un collaborateur serait contraire aux engagements d’Orange de préservation des données personnelles.

Recommander des ressources au collaborateur…

Cette liste de caractéristiques va permettre d’identifier des points communs entre les ressources de l’entreprise et proposer ainsi à un collaborateur celles qui pourraient lui être utile grâce au calcul d’adhérence entre son reflet numérique et le reflet numérique d’un document par exemple. On entend par ressources les collaborateurs, les communautés, les projets, les thématiques, les compétences, les contenus ou les événements qui font la richesse des entreprises.

Les recommandations sont représentées par une “cartographie” interactive. Le mode  “Cartographie” permet au collaborateur d’avoir une vue d’ensemble de son écosystème réel (par opposition à son écosystème connu), de naviguer parmi les ressources, de prendre de nouveaux contacts, de découvrir des documents, etc. C’est la vigie du collaborateur.

Figure 1 : cartographie de ressources adhérentes

Impact attendu sur le travail des collaborateurs d’une entreprise

L’utilisation d’un tel assistant dans l’entreprise peut avoir plusieurs impacts et on peut faire l’hypothèse de ces cinq impacts en particulier :

Transversalité : le collaborateur peut plus facilement franchir les barrières internes de l’organisation de l’entreprise, connaître et atteindre n’importe quelle ressource où qu’elle soit.

Efficacité et pertinence : le collaborateur est informé de manière pertinente pendant son activité (et non après comme c’est le cas le plus souvent). Il évite ainsi les doublons et est informé au plus tôt, améliorant ainsi la qualité de son travail.

Autonomie : le collaborateur devient plus autonome puisqu’il est moins contraint de s’appuyer sur des ressources autres (collègues en proximité, manager, RH) pour trouver l’information dont il a besoin.

Connaissance de soi : le reflet numérique peut permettre d’avoir une vision de son « moi » professionnel, de l’étendue de son « territoire » de travail. Cela pourrait être une manière de mieux se valoriser, de mieux percevoir son utilité dans l’entreprise et de faire un point sur son évolution.

Interconnaissance et adhésion à l’entreprise : en permettant de mieux se connaitre et de nouer des relations avec des collaborateurs éparpillés dans l’entreprise, l’outil pourrait favoriser le passage de l’esprit d’équipe à l’esprit d’entreprise et renforcer l’attachement que le collaborateur peut avoir avec son entreprise.

Ces hypothèses positives seront très prochainement mises à l’épreuve des utilisateurs afin de répérer d’éventuels effets pervers, comme l’exclusion de certains collaborateurs par exemple. Ainsi, l’outil fera l’objet d’une expérimentation en 2020.

Impact sur l’entreprise

Si les collaborateurs, forts de leur autonomie et de leur “empowerment ”, choisissent leurs postes ou leurs projets, que devient la position du manager d’équipe dans l’organisation ?

En mettant en relation des personnes, où qu’ils soient dans l’organisation, ces outils les mettent aussi en relation où qu’ils soient sur la planète, favorisant ainsi le travail à distance (équipes projets multi sites). Et en matière d’organisation logistique, quel impact aurait cet outil sur la gestion des locaux, des déplacements, le télétravail et tout ce qui est en lien avec la localisation géographique des personnes de l’entreprise ?

Selon Folcher, les projets de conception d’un outil, tel que le Reflet Numérique, développés dans le cadre d’une volonté de transformation, “sont une occasion d’installer de nouvelles modalités d’engagement des acteurs au sein des organisations et des institutions.”

L’hypothèse est faite ici qu’un outil “capacitant”, donnant la visibilité sur des ressources jusqu’ici inconnues, va permettre un changement dans les manières de travailler et impacter les organisations tout en promouvant  l’interconnaissance. L’objectif est de favoriser l’autonomie et d’apporter une meilleure plasticité des organisations dans l’entreprise.

En conclusion, la mise en place de ce dispositif technique va de pair avec une transformation opérationnelle. Ainsi, une démarche intégrative entre l’organisation et les outils est clé, sous-peine de rester à des usages restreints, bien loin des ambitions d’amélioration de la fluidité des informations et du savoir dans l’entreprise. Un assistant, tel que présenté dans cet article, vise à aider à la mise en place d’une plus grande agilité dans l’entreprise. En ce sens, il s’agit d’un pas important de transformation vers une organisation “capacitante”, valorisant à la fois les données disponibles et les capacités humaines. Il apparait clairement que l’apport de l’innovation d’un tel outil ne réside pas seulement dans sa conception, mais aussi et surtout dans son appropriation.

Figure 2 : les 3 modules de l’assistant du collaborateur

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Auteurs :

  • Christian Sirchia

En savoir plus

Arnoud, J., & Falzon, P. (2013). Changement organisationnel et reconception de l’organisation : des ressources aux capabilités.

Chêne, A., & Le Goff, J. (2017). Les entreprises peuvent-elles faire confiance à la confiance : Une exploration du lien contrôle-confiance comme principe organisationnel. Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels, vol. xxiii(56), 185-204.

Folcher, V. (2015). Conception pour et dans l’usage : la maîtrise d’usage en conduite de projet. Journal of Human Mediated Interactions (Vol 16)., 39-60.

Hervé, M. (2007). De la Pyramide aux Réseaux. Autrement.

Rabardel, P. (1995). les Hommes et les technologies; approche cognitive des instruments contemporains. Armad Colin.

Villemain, A., & Lémonie, Y. (2014). Environnement et engagement des opérateurs : une mise en débat à partir de l’activité des techniciens de la base polaire Dumont d’Urville. Activités.