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L’éducation financière, une prise de conscience nécessaire

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Avez-vous déjà bénéficié d’un enseignement relatif à la gestion de budget à l’école, à l’université ou dans votre entreprise ? 85% des Français n’ont jamais suivi de cours d’éducation budgétaire et financière dans leur cursus scolaire. Disposer d’une bonne culture financière et économique est pourtant indispensable, à toutes les étapes de la vie, pour prendre les bonnes décisions, souscrire à un prêt étudiant, acheter un logement, épargner ou choisir un complément de retraite.
Dans le cadre du nouveau plan stratégique Engage 2025 porté par Stéphane Richard, Orange s’engage pour l’égalité numérique et souhaite accélérer la conquête de tous ses territoires de croissance dont les services financiers. En ce sens, Orange Bank souhaite offrir une expérience de la banque inédite, qui redonne le pouvoir aux gens. Il parait dès lors souhaitable de leur apporter la culture financière nécessaire.

De plus en plus de pays prennent conscience qu’il est temps d’agir pour accroitre la culture financière de la population. Dans ce premier billet, nous vous proposons de découvrir les initiatives faites en France en matière d’éducation financière. D’autres billets suivront pour comprendre comment d’autres pays appréhendent cette “priorité nationale”.

Qu’est-ce que l’éducation financière ?

L’éducation financière permet de savoir comment gérer au mieux son argent en fonction de ses objectifs de vie et de son contexte économique et financier. Elle doit permettre à chacun de faire des choix financiers éclairés. Elle est d’autant plus essentielle dans un monde numérique qui confère une grande autonomie au client. En effet, la digitalisation des banques multiplie les opportunités pour le particulier, en matière de suivi de compte, de paiement, de financement ou encore d’investissement, mais celles-ci ne sont pas exemptes de risques [1].

Le Conseil de l’OCDE de juin 2012 a défini l’éducation financière comme une “combinaison de conscience financière, de connaissance, d’habileté, des attitudes et comportements nécessaires pour prendre les bonnes décisions financières et finalement arriver à un bien-être financier individuel apprécié par la personne elle-même” [2].

On s’en doute, le champ de l’éducation financière est vaste. Il recouvre aussi bien l’éducation budgétaire (budget personnel ou familial), l’apprentissage des outils bancaires (banque au quotidien, épargne, assurance), que la compréhension des notions économiques (fonctionnement et financement de l’économie) et des politiques publiques.

L’éducation financière fait aujourd’hui partie des préoccupations croissantes des pouvoirs publics au niveau national et international, comptant parmi l’une des huit compétences clés prônées par le G20, jugée indispensable pour protéger et améliorer son bien-être financier.

Les Français, mauvais élèves de la culture financière

Depuis toujours, les Français ont une posture prudente et timide à l’égard des questions relatives à l’argent. Les études montrent de fortes disparités en termes de connaissances financières au sein de la population en fonction de l’âge, du niveau d’éducation, du genre et de la situation sur le marché de l’emploi.

Le programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui évalue les systèmes d’éducation du monde entier en testant les compétences des jeunes de quinze ans, a testé depuis 2012 et tous les trois ans [3] les connaissances des jeunes sur le plan financier, ainsi que leur aptitude à les mettre en application pour résoudre des problèmes financiers [4]. Ils ont répondu à des questions portant sur les comptes bancaires et les cartes de crédit/débit, la planification et la gestion de son budget, la compréhension des impôts et de l’épargne, les risques et les rendements, les droits des consommateurs, la responsabilité engagée dans les transactions financières, ainsi que sur leur confiance en soi dans la maîtrise de ce domaine. Les résultats sont unanimes et révèlent le faible taux de réussite des Français.

Plus récemment, en 2016, l’étude Allianz “Argent, culture financière et risques à l’ère digitale” [5] corrobore ces résultats. Mille personnes ont été interrogées dans chacun des dix pays d’Europe de l’Ouest. La France se positionne à la dernière place du classement de culture financière, derrière le Portugal et l’Italie, pendant que l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse occupent la tête du classement. Un peu moins de la moitié des personnes interrogées en France a répondu correctement aux deux questions de culture financière portant sur les principes d’inflation et de taux d’intérêt. Et seulement 9% d’entre eux ont été en mesure d’identifier les bonnes réponses aux trois questions portant sur les concepts relatifs aux risques financiers. L’étude montre également que la génération des Milléniaux (nés dans les années 1980 et 1990) a le niveau le plus faible en matière de culture financière.

Au-delà de ces évaluations, 8 Français sur 10 expriment leur manque de connaissances de base en économie et finance, leur incompréhension lors de certaines opérations bancaires et leur manque de maîtrise de cet univers, volontairement obscur selon eux [6]. En 2019, l’étude initiée par la Banque de France sur le niveau d’éducation financière en France a révélé que 43% des Français ont  le sentiment de ne pas disposer d’informations suffisamment fiables et neutres pour gérer efficacement leur budget et que 77 % considèrent avoir une connaissance moyenne ou faible sur les questions financières [7].

Les bénéfices d’une meilleure éducation financière

Plusieurs études ont mis en évidence qu’une meilleure éducation financière, dès le plus jeune âge, pouvait être bénéfique, notamment en termes de prévention de l’endettement. L’étude Allianz [5] montre que les personnes possédant une bonne maîtrise des concepts financiers et des risques sont deux fois plus enclines à prendre de meilleures décisions financières et gèrent mieux leur argent que celles qui n’en possèdent pas. De même, le niveau d’éducation financière influence de façon positive les comportements financiers des ménages, notamment sur la capacité à planifier un budget à long terme.

Les vertus de l’éducation financière sont nombreuses. A l’échelle nationale, le bon niveau de culture financière participe au renforcement de la stabilité financière et à la croissance de l’économie du pays. Comme le souligne Christian Noyer (ancien gouverneur de la Banque de France), “le niveau de compétences financières des Français influence fortement leur consommation et de fait le développement du pays”. En ce sens, l’éducation financière est un facteur d’efficacité économique et d’équité sociale.

Les initiatives gouvernementales

Pour répondre aux besoins constants d’éducation financière des Français, le gouvernement a lancé en 2016 la Stratégie nationale d’éducation financière dont l’objectif est de renforcer les connaissances économiques, budgétaires et financières du public. Désignée par le Ministère des Finances comme opérateur national de cette stratégie, la Banque de France a pour mission de la traduire en actions concrètes auprès du grand public, des enseignants et des travailleurs sociaux, sur l’ensemble du territoire.

La stratégie d’éducation économique, budgétaire et financière des publics repose sur cinq piliers :

1. Développer une éducation budgétaire et financière pour les jeunes, en intégrant l’éducation financière dans le parcours scolaire dès le plus jeune âge

2. Développer les compétences à mobiliser dans l’accompagnement des personnes en situation de fragilité financière par les intervenants sociaux

3. Soutenir les compétences budgétaires et financières tout au long de la vie, en mettant à disposition de tous une information sélectionnée, neutre, pédagogique, actualisée et gratuite ainsi que des outils d’aide à la décision faciles à appréhender

4. Donner à tous les publics les clés de compréhension des débats économiques

5. Accompagner les entrepreneurs dans leurs compétences économiques et financières

La Banque de France diffuse des supports de formation mutualisés et facilite l’accès à une information neutre et pédagogique via “Mes questions d’argent”, le portail national d’éducation économique budgétaire et financière [8]. Parallèlement, l’Institut pour l’Education Financière du Public (IEFP) est chargé de développer une pédagogie financière en direction de tous à travers son site “La finance pour tous” [9]. C’est aujourd’hui le site de référence pour le grand public. En octobre 2017, un accord-cadre a été signé entre la Banque de France, l’Education Nationale et l’IEFP afin de diffuser une culture économique et financière de base en milieu scolaire.

Par ailleurs, les associations Crésus aident les personnes surendettées, et d’une façon générale toute personne ayant des problèmes financiers. Pour cela, Crésus a développé un programme d’éducation financière et budgétaire nommé Dilemme, ainsi que plusieurs supports, qui proposent des aides pédagogiques et adaptés à tout public. Les objectifs de ce programme sont multiples : former des citoyens autonomes et responsables, changer le rapport à l’argent, donner les informations financières essentielles, aborder les problématiques de gestion de budget, etc. Ce programme doit permettre de donner les ressources nécessaires pour être pleinement financièrement actif, indépendant et compétent [10].

En novembre 2019, le comité stratégique d’éducation financière (qui rassemble plus d’une vingtaine d’acteurs institutionnels et associatifs : AMF, OCDE, FBF, Union nationale des associations familiales, CLCV, Crésus, la Croix Rouge française, l’UFC Que Choisir, le MEDEF, etc.) a annoncé la mise en place de nouvelles initiatives à venir durant les prochaines années [11]. Cette stratégie cible trois populations précises : les jeunes, les ménages en situations de surendettement et les entrepreneurs. Elle aura pour objectif de fournir les bases de connaissances et les compétences financières pour gérer son budget et placer son épargne. Ces initiatives comprennent :

  • l’insertion d’un passeport Educfi au collège (découverte de gestion budgétaire et d’utilisation des moyens de paiement),
  • l’entrée de l’éducation financière au service national universel et dans les lycées,
  • le déploiement, piloté par la Banque de France, des “rendez-vous de l’épargne” à destination du grand public,
  • des lieux d’accueil (150 points budget conseil labélisés) pour informer, conseiller, identifier et mieux orienter les personnes en difficulté financière,
  • des points conseils, dans chaque département, coordonnés par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR),
  • la conception d’une application mobile pour les 17-25 ans sur des notions d’éducation financière,
  • une deuxième version du portail Mesquestionsdentrepreneur.fr, comprenant un jeu d’analyse financière pour aider les entrepreneurs,
  • ainsi qu’une nouvelle étude pour mesurer l’effet de ces initiatives chez les Français.

Ces décisions stratégiques laissent entrevoir une volonté d’accompagner le grand public dès le plus jeune âge et de fournir ainsi des informations fiables et neutres.

Du côté des banques et des FinTech

L’éducation financière n’est guère appréhendée par les banques traditionnelles. Leurs investissements dans ce secteur restent limités. La plupart des grandes banques consacrent un espace et du contenu pour sensibiliser les jeunes à la gestion de leur budget mais sans véritables outils opérationnels. Les offres bancaires consacrées aux jeunes restent souvent très basiques autour de produits classiques tels que l’épargne (livret A et jeune) ou un compte associé à une carte de retrait à partir de 12 ans (quelques exemples : la carte bancaire prépayée Régliss de la Banque Postale, la carte Mozaic du Crédit Agricole, la carte V Pay de la Société Générale, etc.). Cependant, ces offres ne semblent pas toujours adaptées aux usages des jeunes d’aujourd’hui.

Les banques en ligne commencent tout juste à s’intéresser au segment des 12-17 ans et proposent des produits bancaires sans réelle orientation d’éducation financière (quelques exemples : la carte Kador de Boursorama Banque, la carte Nickel de Nickel, la carte Morning Jump de Morning, la carte prépayée Macif).

Les FinTech, quant à elles, ont bien senti que l’éducation financière des jeunes offrait de nouvelles opportunités de marché et proposent un véritable accompagnement des ados, de la gestion de l’argent de poche à l’autonomie financière. En 2019, trois néobanques ciblant les jeunes se sont lancées : Xaalys, Pixpay et Kard. Ces offres dites “éducatives” différent sur leur philosophie et leur positionnement, mais se concentrent toutes autour d’une application mobile ludique, d’une carte Mastercard personnalisée à autorisation systématique, de fonctions évolutives de contrôle parental et de cagnottes.

En conclusion

Cet état des lieux confirme que la France a pris conscience de l’ampleur de la tâche à accomplir en matière d’éducation financière. Des initiatives voient le jour mais restent encore mal connues du grand public.

De surcroît, les particuliers évoquent une perte de confiance grandissante envers les banques [12]. Une éducation financière adaptée et plus de transparence contribueront à regagner cette confiance. Il en va de la responsabilité de tous, y compris celle des banques, de s’atteler à cette nouvelle forme d’inclusion sociale et financière.

En tant que banque digitale et humaine, Orange Bank a pour mission d’accompagner ses clients. Comment enseigner aux jeunes un rapport responsable à l’argent dans notre monde numérique ? Comment accompagner les populations sensibles tout au long de la vie ? Que peut faire Orange Bank pour que les clients reprennent le pouvoir sur leur argent grâce au digital et à une culture financière appropriée ?

La Recherche d’Orange s’intéresse à toutes ces questions.

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Blog de la recherche

Cet article vient du Blog de la Recherche

Auteurs :

  • Béatrice Foucault
  • Emmanuel Le Huérou
  • Alizée Scherer

Domaines de recherche :

[1] Suivre ses dépenses sur mobile : un ajustement budgétaire en temps réel. Rapport de stage Orange, Ophélie Nouhant et Anne-Sylvie Pharabod, 2016.

[2]. Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – Atkinson et Messy, 2012.

[3] OECD (2019), PISA 2018 Results (Volume I): What Students Know and Can Do, PISA, OECD Publishing, Paris. https://doi.org/10.1787/5f07c754-en

[4] Questions et réponses de l’évaluation Pisa de la culture financière.

https://www.oecd.org/pisa/pisaproducts/PISA-2012-FINANCIAL-LITERACY-QUESTIONS-AND-ANSWERS-FR.pdf

[5] Etude Allianz “Argent, culture financière et risques à l’ère digitale”, 2017.

https://www.allianz.com/en/press/news/studies/170127-are-you-financially-literate.html

[6] Marx Bernard, Micoleau-Marcel Pascale, Sarlat Guillaume. Promouvoir l’éducation financière du public. In: Revue d’économie financière, n°98-99, 2010. Information et formation économiques et financières, p. 249-260. https://www.persee.fr/doc/ecofi_0987-3368_2010_num_98_3_5794

[7] Enquête sur l’éducation financière du public en France. Audirep, 2019.

[8] Mes questions d’argent, le portail national de l’éducation économique, budgétaire et financière.

https://www.mesquestionsdargent.fr

[9] La finance pour tous, le site pédagogique sur l’argent et la finance.

https://www.lafinancepourtous.com/

[10] Dilemme, Quand le budget devient un jeu.

https://www.dilemme.org/fr/dilemme.html

[11] Communiqué de presse du comité stratégique nationale de l’éducation financière.

https://www.lafinancepourtous.com/2019/11/27/strategie-nationale-deducation-financiere-un-bond-en-avant/ et https://www.banque-france.fr/communique-de-presse/comite-strategique-deducation-financiere-un-bilan-positif-et-5-axes-prioritaires-dactions-pour-2020

[12] After banking. Banques et confiance : la grande réconciliation digitale. Paul de Leusse. Débats Publics éditions, 2019.