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Ubérisation, un ennemi qui vous veut du bien ?


Outre sa capacité à innover, par ses choix, l’humain est capable de détruire ou de créer les briques de la société dans laquelle il souhaite évoluer.


Plus qu’une « ubérisation », la plateformisation de notre économie modifie en profondeur nos usages et soulève aujourd’hui de nombreuses questions éthiques et sociétales. Dans son livre, « Ubérisation : un ennemi qui vous veut du bien ? » Denis Jacquet, « serial » entrepreneur et expert de la transformation digitale, grâce à l’Observatoire de l’Ubérisation qu’il préside, décrypte l’émergence d’une économie « servicielle » marquée par l’ubérisation et l’automatisation. Dans ce contexte, comment l’individu et les sociétés peuvent-ils encore être « acteurs » plutôt que « suiveurs » pour faire face à cette digitalisation - difficilement maîtrisable - de la société ?

Le risque de l’immédiateté

Pourquoi sommes-nous si pressés de « nous faire livrer » un produit de consommation en 2h ? Le temps passé et futur est-il vraiment une notion en voie de disparition ? Selon Denis Jacquet, nous avons atteint le paroxysme de la société de consommation où chacun ne veut plus seulement avoir un bien (souvent inutile), mais l’avoir le plus rapidement possible.

Par son seul choix, le consommateur est capable de détruire ou de créer. Anticiper, comprendre et agir ou laisser faire… voilà les enjeux qui s’imposent à nous aujourd’hui pour décider de quel modèle de société nous voulons. Il faut cesser de surfer de l’index sur l’écran pour regarder ce qui se passe derrière !

« Un socle commun nous unit, utilisons-le pour créer cette société et ne pas sacrifier notre libre-arbitre. »

Il pointe ainsi du doigt la responsabilité des consommateurs qui font le choix de la rapidité au prix le plus bas possible en utilisant une application qui emploiera (quel contrat de travail pour un robot ?) des drones pour livrer leurs produits, plutôt que des livreurs. Des voitures autonomes au lieu des chauffeurs. Et toujours moins cher, toujours moins de protection. Le besoin insatiable d’immédiateté pourrait avoir un impact sur le futur marché du travail. Denis Jacquet critique aussi cette culture du pouvoir d’achat qui produit inéluctablement une « culture du chômage » en tirant tout vers le bas.

Il nous invite également à repenser nos usages car pour lui « ce ne sont pas les outils qui font les hommes mais ce sont les hommes qui doivent maitriser les outils pour atteindre un objectif, une vision de la société ».

La nécessité de faire des choix de société, pour le meilleur ou pour le pire ?

Denis Jacquet nous pousse à réfléchir au sens que nous voulons donner au changement. Selon lui « il ne faut pas refuser le changement, mais un changement ne devient un progrès que lorsqu’il est bénéfique pour l’humanité ».

Ce n’est pas un hasard si l’« ethical business » progresse… L’ère de la société de consommation des « Trente Glorieuses », où les critères écologiques et éthiques de notre consommation n’entraient pas en jeu, semble être aujourd’hui en perte de vitesse. De nos jours, une nouvelle génération de « consom’acteurs » promeut une consommation responsable… et éthique. L’acte de consommer peut ainsi devenir une prise de position qui exprime un certain choix de société. Mais il faut des moyens pour avoir de la conscience, c’est donc une affaire collective.

Ainsi, faire le choix de payer le prix qu’il faut pour obtenir de la qualité, c’est aussi « apprendre à payer un service à sa juste valeur ». D’autant plus qu’« une société qui mise sur la qualité c’est une société qui mise sur l’avenir. La qualité c’est de la marge, la marge c’est de l’investissement, et l’investissement c’est de l’emploi. » explique Denis Jacquet.

Tout dépend alors du choix que nous faisons et de l’objectif que nous poursuivons.

« Ma crainte est qu’à force de vouloir faire un homme augmenté on fasse une humanité diminuée. »

Une prise de distance avec notre obsession pour la technologie est indispensable. Quel sens devons-nous donner à ce changement afin qu’il se transforme en réel progrès ? Ce n’est pas parce qu’un usage est digital et connecté qu’il a une raison d’être.

La bonne question à se poser : pourquoi nous innovons ?

Pour être compétitifs face aux GAFA américains ou encore aux BATX chinois, Denis Jacquet recommande deux axes d’action : créer une protection intelligente de nos start-up et PME, le temps de leur croissance, et arrimer l’Afrique et l’Europe en investissant massivement dans ces « champions ». Se lier à l’Afrique pour innover c’est s’associer à une croissance, une jeunesse que nous n’avons plus et mieux répartir la richesse. La complémentarité entre l’Europe et l’Afrique porterait l’ambition de mettre la technologie au service de l’homme. Une initiative qui permettrait de remettre un modèle de société « humaniste » au centre du jeu à partir d’un choix collectif éclairé.

Pour finir, Denis Jacquet met l’accent sur le concept de responsabilité collective car le digital progresse à travers les choix d’usages que nous faisons, sans réfléchir à la société que nous construisons. Ces choix s’expriment à un niveau personnel tandis que proposer un modèle dépend de la volonté collective.

Et justement, quel futur modèle de société voulons-nous et quel objectif voulons-nous donner à l’innovation dans nos sociétés ? A nous de nous « prendre en main », pour repenser le travail, le partage, les usages et le sens donné à l’innovation. « Aidons les modèles alternatifs à éclore ». Et prenons alors des risques pour l’atteindre. Sans jamais oublier que ceux qui font de la précaution un principe, font de la réussite une exception !


Outre sa capacité à innover, par ses choix, l’humain est capable de détruire ou de créer les briques de la société dans laquelle il souhaite évoluer.


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