● Cette offre est portée par W-HA. La filiale à 100% d’Orange qui dispose des agréments bancaires capitalise sur vingt ans de paiement mobile.
● Yann Serquin, directeur marketing de W-HA, détaille la stratégie et l’ambition d’Orange sur le marché.
Derrière le tap-to-pay d’Orange se trouve W-HA, « la filiale à 100% du groupe qui porte les agréments bancaires d’Orange », explique Yann Serquin, directeur marketing de W-HA. Agréée établissement de monnaie électronique et prestataire de services de paiement, elle repose sur trois piliers. Le premier est historique : le paiement sur facture opérateur : « On utilise la facture telco des abonnés pour leur permettre de faire des achats de biens et services numériques, et on les reporte sur cette facture. » Cette activité est autorisée par dérogation à la directive DSP2, dans des limites strictes : 50 euros par acte et 300 euros par mois. Le deuxième pilier, plus récent, est né des compétences monétiques accumulées : Orange Money, service de transfert d’argent depuis la France, essentiellement vers l’Afrique. « C’est une activité identique à ce que font Western Union ou MoneyGram », souligne Yann Serquin. Opéré et géré par W-HA, le service affiche une croissance à deux chiffres. « En 2026, on devrait dépasser un milliard d’euros de flux. »
Du terminal au smartphone
Le troisième pilier rassemble les offres monétiques classiques via terminaux de paiement, et encaissement e-commerce, auxquelles s’est ajouté, depuis quelques mois, le tap-to-pay. « C’est une technologie qui permet de transformer le smartphone en terminal de paiement. On s’affranchit des terminaux classiques et du hardware », résume Yann Serquin. Ce avec les mêmes niveaux de sécurité et les mêmes garanties qu’un terminal traditionnel. « On n’est pas les seuls à le proposer. L’originalité, c’est que c’est Orange qui est derrière : il est plutôt rare qu’un telco propose ce type de solution à ses clients. C’est ça, le vrai différenciant. »
Sur ces solutions, les cibles sont les TPE, créateurs d’entreprise, indépendants et artisans, avec, en filigrane, la notion de nomadisme. « Ce sont des populations amenées à encaisser loin de leur lieu de travail habituel, ou directement chez leurs clients. » L’argument décisif tient à la rapidité d’activation : un numéro SIREN suffit, et le compte est ouvert en quelques minutes. « Sur le marché, cela peut prendre plusieurs heures, voire plusieurs jours ou plusieurs semaines. »
Réassurer les utilisateurs et leurs clients
Côté tarif, Orange se positionne à 1,49% par transaction, avec un taux préférentiel de 0,99% pendant un an pour les créateurs d’entreprise passant par l’opérateur. « On est plutôt pas mal positionnés sans casser les prix », situe-t-il. A titre de comparaison, Sum Up propose sur le même segment un taux de 1,75 %. Néanmoins, le prix n’est pas le nerf de la guerre : « Ce n’est pas une cible très sensible au prix. Ce que veulent les petits pros, c’est de la réassurance : que la solution soit connue, fiable, et utilisée par leurs pairs. C’est un monde où le bouche-à-oreille est très présent. » D’où l’importance du branding : l’application, aujourd’hui commercialisée sous un nom peu identifiable, sera renommée dans quelques mois pour se rapprocher de la marque Orange.
La distribution s’appuie sur trois canaux : le digital, en autonomie complète depuis l’application ; les 500 boutiques Orange de France ; et, en construction, des partenariats avec les acteurs de la facturation électronique et de la comptatech, « qui veulent enrichir leur promesse et proposer des services périphériques à leur cœur de métier ». Enfin, une brique d’encaissement disponible en marque blanche via SDK est à l’étude.
Un pari de long terme
Les ambitions sont assumées : de 1000 à 1500 clients aujourd’hui, Orange en vise 50.000 à l’horizon 2030. « Les deux premiers piliers de W-HA avaient Orange comme principal donneur d’ordre. Là, on s’émancipe pour aller adresser en direct de nouveaux marchés », note Yann Serquin. Orange compte garder une posture de pionnier : en 2013, Orange Cash a proposé le paiement sans contact par smartphone dans une approche résolument orientée « smartshopping », « et ce avant Apple Pay et Google Pay ». La suite ? Assumer une posture de pure player du tap-to-pay et enrichir l’offre en continu par exemple, l’encaissement des titres-restaurant sur iPhone en a été la première illustration. Et demain, peut-être, Wero. « Ce qui me plairait, c’est de faire du Wero en tap-to-pay », glisse-t-il, en référence au modèle de Pix au Brésil : derrière, du virement instantané, et donc des frais de transaction bien moindres.