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Neurosciences et sciences cognitives : la place de l’humain à l’heure de l’IA


« Aujourd’hui, il n’y a pas une véritable prise en compte de la cognition humaine (…) Il ne faut pas hésiter à défier l’humain et sa capacité d’adaptation. » Célestin Sedogbo _______________ « Plus on travaille sur l’intelligence artificielle, plus on se rend compte de la spécificité de l’homme et de son cerveau qui se nourrit du changement et se détruit avec la routine. » Pierre-Marie Lledo


Intelligence artificielle, sciences cognitives, psychologie comportementale, neurosciences… Autant de sujets abordés lors des Journées d’été de la recherche d’Orange organisées en juillet dernier. Invités de la conférence « Neurosciences et Sciences cognitives », Célestin Sedogbo, directeur de l’Institut Cognition, et Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l’Institut Pasteur, ont souligné la force de l’adaptabilité du cerveau humain à l’heure de l’émergence de l’IA.

De la régulation à l’automatisme

Célestin Sedogbo, directeur de l’Institut Cognition et spécialiste du traitement du langage, a présenté une vision de l’intelligence dans le cadre des sciences cognitives au travers successivement des limites de l’interaction homme-système, de l’augmentation de l’humain par les systèmes technologiques et des enjeux des technologies cognitives.

« Nous avons aujourd’hui des systèmes automatiques à régulation humaine comme le flight management system (FMS) pour les pilotes d’avion, et nous nous orientons vers des systèmes de plus en plus autonomes dits auto-organisés. De la régulation à l’autonomie, l’idée a toujours été de réduire l’activité humaine, partant du principe que l’être humain n’est pas tout à fait prédictible et fiable. Mais au niveau des services Internet, l’intervention humaine reste encore importante comme pour les moteurs de recherche et surtout les e-mails. En se basant sur la notion de coût cognitif, autrement dit la propension du cerveau à réduire sa consommation énergétique, l’idéal serait que toute innovation technologique soit conçue pour minimiser ce coût cognitif, par exemple en optimisant l’accès à l’information. Un cas pratique de cette prise en compte du bénéfice utilisateur serait par exemple d’indiquer à l’automobiliste les stations-service les plus proches uniquement lorsque le réservoir de son véhicule est quasiment vide. Ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, il n’y a pas une véritable prise en compte de la cognition humaine. Comprendre les effets cognitifs pour en faire des modèles calculables nous permet de concevoir des systèmes eux-mêmes cognitifs ou des orthèses nous simplifiant la vie, nous facilitant certaines tâches, voire en augmentant nos capacités. Mais en même temps, il ne faut pas hésiter à défier l’humain en lui proposant de nouvelles tâches encore plus complexes afin de mobiliser la capacité d’adaptation de son cerveau. Un monde trop simplifié conduirait inéluctablement à un appauvrissement de nos capacités. La cognition est un enjeu stratégique pour l’industrie française. »

(À écouter également : podcast : « Des interfaces de plus en plus intuitives »)

Le cerveau du xxie siècle : digital ou social ?

Pierre-Marie Lledo, directeur du département de neurosciences de l’Institut Pasteur et du laboratoire du CNRS « Gènes, Synapses et Cognition », s’est employé à définir les caractéristiques humaines par rapport à celles de l’intelligence artificielle et à déterminer la place de l’homme à côté des machines.

« Demain, serons-nous tous ubérisés ? Les algorithmes vont-ils anticiper ou orienter nos décisions ? En fait, plus on travaille sur l’intelligence artificielle, plus on se rend compte de la spécificité de l’homme et de son cerveau qui se nourrit du changement et se détruit avec la routine. L’humain est perfectible et se construit à partir de ce qui l’environne. Le cerveau est dynamique, c’est un chantier permanent. Après l’externalisation du squelette avec le propulseur inventé par Neandertal, puis l’externalisation des muscles avec la machine à vapeur, nous vivons depuis les années 1950 l’externalisation du cognitif avec l’intelligence artificielle. Mais avec l’expansion de l’écosystème numérique et la multiplication des objets connectés, comment allons-nous pouvoir traiter autant d’informations ? Or, l’innovation ne peut pas venir de processus automatiques. La valeur ajoutée de l’humain est d’apporter des décisions nourries de valence affective. Ce sont d’ailleurs dans ses moments d’introspection que l’humain est le plus créatif. « Je trouve quand je ne cherche plus », disait le mathématicien Raymond Poincaré. Ce qui nous différencie de la machine, c’est la dimension sociale de notre cerveau. »

Au terme de cette conférence, Nicolas Demassieux, directeur de la recherche d’Orange, a tenu à souligner, au-delà des grandes annonces et déclarations, les limites du transhumanisme et la modestie à ce jour des succès de la communauté de l’intelligence artificielle. « Nous avons tendance à survaloriser la performance individuelle de tel ou tel module algorithmique au détriment de l’intelligence sociale de l’être humain, et surtout de la mise en réseau des intelligences artificielles et naturelles qui est bien plus prometteuse de nouveautés. »


« Aujourd’hui, il n’y a pas une véritable prise en compte de la cognition humaine (…) Il ne faut pas hésiter à défier l’humain et sa capacité d’adaptation. » Célestin Sedogbo _______________ « Plus on travaille sur l’intelligence artificielle, plus on se rend compte de la spécificité de l’homme et de son cerveau qui se nourrit du changement et se détruit avec la routine. » Pierre-Marie Lledo


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