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L’intelligence artificielle comme outil d’inclusion numérique

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Les interactions homme/machine ont nettement gagné en qualité.


Entrepreneur, ancien dirigeant d’entreprises de presse, Olivier Mégean a fondé en 2018 Demain.ai, un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans l’intelligence artificielle. Contributeur d’un livre blanc “Contre l’illectronisme” [1] publié en 2019, il défend une vision inclusive de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage machine.

Comment se manifeste l’exclusion numérique aujourd’hui en France ?

Le phénomène est aujourd’hui bien renseigné et les études menées sur le sujet décrivent des tendances convergentes. L’exclusion numérique touche un peu plus de 15% de la population. Elle tient à plusieurs facteurs. Territorial tout d’abord : 50% des non-internautes résident dans des communes de moins de 20.000 habitants. S’ajoutent deux facteurs déterminants d’inégalité : les niveaux d’étude et de revenus. Et, on s’en doute, une dimension générationnelle : une personne de plus de 75 ans sur deux n’a pas accès à Internet depuis son domicile, alors que seuls 2% des 15-29 ans ne sont pas équipés.

Mais utiliser Internet ne suffit pas pour maîtriser les fondamentaux du numérique. Ainsi, 38% des usagers peinent dans certains des usages les plus “basiques”. Le terme d’illectronisme, qui fait aujourd’hui consensus, peut déranger, mais il est à cet égard très parlant. Et, comme tout phénomène d’exclusion, il n’est pas acceptable et doit être combattu.

Les innovations dans le domaine de l’intelligence artificielle peuvent-elles non seulement faire reculer l’exclusion numérique mais aussi participer à l’inclusion sociale au sens large ?

Plus qu’on ne l’imagine. Je pense notamment aux technologies relatives à la compréhension et à la génération du langage naturel. L’interaction vocale, notamment, apparaît comme une solution particulièrement pertinente pour répondre aux difficultés de lecture et d’écriture sur des terminaux numériques (ordinateurs, tablettes ou smartphones). La machine est aujourd’hui capable d’interpréter l’intention qui sous-tend une demande ou une remarque orale. La capacité des administrations et des grandes entreprises à développer les possibilités d’interaction vocale avec les usagers et les clients constitue très certainement l’une des conditions de la réduction de l’illectronisme en France.

D’autres technologies de l’apprentissage machine permettent, grâce à un entraînement spécifique, de repérer des comportements de navigation atypiques et d’identifier les personnes en difficulté dans la navigation sur Internet. Ces technologies sont aujourd’hui déployées sur de nombreux sites à des fins d’aide ou de recommandation. Mais encore faut-il alors être en mesure de proposer aux internautes un débrayage vers un interlocuteur humain pour les aider à finaliser leur démarche.

Quel rôle peuvent jouer les assistants intelligents ?

Les assistants connectés, ont dans un premier temps été regardés comme des gadgets ou comme des espions. Aujourd’hui, ils s’installent massivement dans les foyers. Les interactions homme/machine ont nettement gagné en qualité, promettant aux assistants virtuels, au-delà des applications ludiques et futiles, une réelle utilité fonctionnelle. De plus, le prix des outils ne constitue plus un obstacle à leur déploiement, y compris auprès de publics économiquement fragilisés. Et si le prix devait demeurer un obstacle, on peut supposer que la puissance publique est en capacité d’imaginer des aides pour permettre à tout un chacun de s’équiper et de bénéficier de fonctions réellement utiles.

Quelques exemples de fonctions utiles ?

Microsoft planche sur des développements permettant de transformer les données visuelles en retour audio et donc aux aveugles d’“écouter” des photos. De son côté, Amazon est assez avancé sur la langue des signes : une caméra se charge d’interpréter la gestuelle d’une personne sourde ou malentendante pour permettre à l’assistant intelligent de formuler une réponse orale (assistant intelligent) ou écrite (ordinateur). Alexa peut également apporter de nombreux services aux personnes âgées et rompre l’isolement : lancement de podcasts ou de programmes radio, interactions diverses (dialogue, jeux pour stimuler l’intellect, séquençage de services au fil de la journée), contrôle domotique à la voix, relais vers les secours en cas de chute, etc.

Les initiatives françaises semblent plutôt rares…

Pour que l’intelligence artificielle puisse pleinement agir comme un outil d’inclusion, il faut d’abord des données, anonymes bien sûr, mais également suffisamment neutres. Les données issues des comportements humains recèlent une infinité de biais qui ne permettent pas une réelle neutralité de traitement et de réponse. En France, nous avons la chance d’avoir tous les talents pour réussir ce pari. Ensuite, il faut pourvoir héberger ces données avec les critères de sécurité correspondant aux exigences éthiques de la France, en tout cas en résonance avec les valeurs démocratiques européennes. Aujourd’hui, cet espace d’hébergement n’existe pas, ou alors à des prix totalement prohibitifs. Mais ça viendra, je n’en doute pas.


Les interactions homme/machine ont nettement gagné en qualité.


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