Le Web3, des investissements financiers au nom de la décentralisation de l’Internet

Une femme consulte son smartphone
En proposant une version décentralisée d’Internet, les concepteurs du Web3 veulent utiliser la blockchain pour rendre aux internautes le contrôle de leurs données.

“À l’ère du Web3, les plateformes ne seraient plus détenues par des sociétés lucratives mais par des communautés d’utilisateurs.”

Nous pourrions bientôt entrer dans l’ère du Web3, un concept qui réunit les technologies que sont la blockchain, les cryptomonnaies et les NFT (jetons non fongibles). Les promoteurs du Web3 le présentent comme la prochaine évolution d’Internet. En effet, au Web 1.0 des années 1990, reposant sur des pages web statiques reliées entre elles par des hyperliens, a succédé à partir du milieu des années 2000 le Web 2.0, plus interactif grâce au partage de textes, photos et vidéos par les internautes sur les blogs et les réseaux sociaux. Les géants du net (GAFAM) ont mis en place des plateformes centralisées et opaques qui leur permettent de collecter et monétiser un volume considérable de données personnelles. Souvent opérée à l’insu des personnes concernées, cette exploitation met en danger les démocraties, comme l’a illustré le scandale Cambridge Analytica.

Gavin Wood, un informaticien britannique cofondateur de la cryptomonnaie Ethereum, théorise en 2014 le Web3 comme un web décentralisé dans lequel les internautes reprennent le contrôle de leurs données. La création du Web3 viendrait en quelque sorte réparer les excès du Web 2.0.

Les internautes reprendront-ils le pouvoir ?

Le Web3 reprend la technologie et la philosophie de la blockchain, registre décentralisé et infalsifiable où sont consignées toutes les transactions effectuées entre utilisateurs. Déjà à l’origine du développement des cryptomonnaies, cette chaîne de blocs pourrait servir de socle à cette nouvelle gouvernance du web.

À l’ère du Web3, les plateformes ne seraient plus détenues par des sociétés lucratives, au détriment parfois de l’intérêt général, mais par des communautés d’utilisateurs. Ces dernières seraient chargées de leur exploitation et de leur évolution en toute transparence, leurs actions étant tracées. Un utilisateur gagnerait d’autant plus de jetons cryptographiques qu’il contribuerait à la plateforme, ce qui lui donnerait un pouvoir de décision croissant (engendrant d’autres problèmes).

“Les plateformes et les applications construites sur le Web3 ne seront pas la propriété d’un acteur central, mais plutôt des utilisateurs, qui gagneront leur participation en aidant à développer et à maintenir ces services”, argue Gavin Wood dans un entretien accordé à Wired en novembre 2021. L’informaticien a créé la Web3 Foundation qui se propose de financer les équipes de R&D qui construiront le futur du web. Les premiers projets soutenus incluent Polkadot, protocole open source qui permet des transferts entre blockchains, et Kusama, réseau de “parachains” (chaînes secondaires à une blockchain) spécialisées.

Identité universelle

PDG de la start-up Archipels, Hervé Bonazzi envisage dans un post sur LinkedIn plusieurs développements possibles du Web3. Après les cryptomonnaies et les NFT, le futur web pourrait accélérer la “tokenisation” de notre économie, en “permettant la transmission de valeur en temps réel, de pair à pair, sans intermédiaire. (…) Dans le Web3, vous n’aurez plus besoin de passer par un intermédiaire bancaire pour transférer de l’argent ou par une agence de location pour louer votre maison de vacances.”

D’après lui, le Web3 changera aussi notre rapport à la question de la protection des données personnelles en apportant une couche d’identité universelle. Alors qu’un internaute doit aujourd’hui jongler entre de multiples identifiants et mots de passe, le Web3 rendra possible le concept de Self-Sovereign Identity, “une approche où l’individu doit pouvoir contrôler et gérer son identité numérique, sans l’intervention d’une autorité administrative tierce”.

Levées de fonds records

Ces arguments touchent les acteurs des marchés financiers, qui craignent de passer à côté d’une révolution technologique. Le capital-risqueur Andreessen Horowitz, via son fonds d’investissement a16z, a annoncé, en janvier 2022, une levée de fonds de 4,5 milliards de dollars dédiée au Web3. Plateforme de développement dédiée à la blockchain et se réclamant de cette mouvance, Alchemy a, pour sa part, levé, le mois suivant, 200 millions de dollars, la valorisant plus de 10 milliards de dollars.

Ces levées records laissent dubitatifs les détracteurs du Web3, qui évoquent le spectre d’une bulle. Le site The Atlantic dénonce, lui, une vision financiarisée d’Internet, fortement soutenue par les investisseurs et les devises spéculatives – “il y a énormément d’argent à gagner” – à base de “projets déroutants” et de “contre-cultures”.

Un article des Echos fait part, quant à lui, de l’inquiétude des régulateurs concernant certains aspects du projet, en particulier la finance décentralisée, ou DeFi (Decentralized Finance), visant à rendre les usagers indépendants des banques. “Cela pourrait favoriser le blanchiment d’argent”, estime le journal. D’autres voix jugent le concept nébuleux ; Elon Musk qualifie le Web3 de simple “buzzword”.

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