● Pour Afef Belhadj, Directrice des filières ITN & Data et en charge de l’animation des communautés métiers, chez Orange, les compétences clés pour 2026 incluent l’esprit scientifique (mathématiques), la maîtrise des outils avancés (RAG, agents, MCP) et une connaissance approfondie de la réglementation (AI Act, NIS2, RGPD).
● En recrutement, les juniors doivent désormais démontrer leur capacité à produire concrètement (maquette, prototype) plutôt que de s’appuyer sur des certifications IA.
Plus de trois ans après le boom de l’IA générative, les profils tech chez Orange ont-ils vraiment changé leurs méthodes de travail ?
Afef Belhadj. Oui, et je dis maintenant sans hésiter que c’est une révolution, même si au départ j’étais plutôt sceptique par rapport à certaines annonces de transformation majeure. Ce qui a tout changé, ce n’est pas ChatGPT en lui-même, mais l’écosystème qui s’est construit autour, c’est-à-dire les frameworks, la diversité des LLM, les couches d’abstraction comme le MCP, les agents, etc. Aujourd’hui, les développeurs, architectes et intégrateurs qui fabriquent les produits et réseaux Orange vont progressivement changer leurs méthodes, si bien que l’on ne parle plus seulement d’un outil qui améliore la veille ou la rédaction, mais d’une transformation profonde de la façon de produire.
Avec l’IA générative, il est facile de faire un show impressionnant sans réelle profondeur, mais en réalité, ce qui impressionne vraiment, c’est ce que le candidat a produit concrètement.
Quels profils recherchez-vous désormais ?
Vouloir trouver un mouton à cinq pattes est un piège. Chez Orange, on fabrique des réseaux complexes, et un ingénieur réseau qui n’est pas pointu dans son domaine n’a pas sa place. Mais on ne peut pas être hermétique aux technologies adjacentes. Aujourd’hui, un expert réseau maîtrise de plus en plus des notions de software, de génération de code, il est amené à utiliser les outils IA validés par le groupe. C’est ce qu’on appelle l’hybridation des profils : rester expert, mais s’ouvrir. Ce mouvement avait commencé avant l’IA générative, avec la softwarisation des réseaux. L’IA l’a accéléré.
Qu’est-ce qu’on doit avoir sur son CV en 2026 pour être crédible dans ce marché complètement bouleversé ?
D’abord, un esprit scientifique solide est nécessaire car les agents, les couches d’abstraction, les architectures LLM demandent une compréhension scientifique et un raisonnement sain dans le sens où les mathématiques et l’algorithmique reviennent au centre du jeu. Les outils IA serviront à augmenter les compétences et non à les affaiblir en vue d’une productivité accrue. C’est ce type de profils qu’on ira rechercher : je sais générer du code mais le plus important est que je sais le débugger et en évaluer la qualité.
Ensuite, il faut essayer d’être à jour sur les outils et pas seulement les outils génératifs grand public, mais les frameworks comme RAG, MCP, les agents et leur orchestration.
En troisième lieu arrive la maîtrise des enjeux sous-jacents à la réglementation. L’AI Act entre en vigueur cette année avec des exigences renforcées sur les systèmes à haut risque, et quelqu’un qui arrive en maîtrisant les enjeux de transparence algorithmique, de conformité RGPD appliquée à l’IA, de sécurité des LLMs, dispose d’un véritable atout. Enfin, même si cela peut sembler banal, avoir des compétences en documentation est devenu stratégique, notamment pour documenter précisément son savoir-faire pour que les agents puissent prendre le relais. C’est une rupture culturelle significative, surtout dans des groupes comme Orange où beaucoup de savoir-faire se transmet de collaborateur à collaborateur.
À vous entendre, le prompt engineering disparaît du CV…
En réalité, il est déjà en train de mourir en tant que compétence différenciante. Il y a trois ans, on envisageait des formations sur cette thématique mais, aujourd’hui, c’est aussi basique qu’écrire un mail ou utiliser Excel. Dans cinq ans, le langage naturel sera suffisant pour les usages courants et les agents connaîtront si bien leurs utilisateurs qu’il ne sera même plus nécessaire de contextualiser.
Comment évaluer ces nouvelles compétences en entretien, quand tout le monde peut se revendiquer « à l’aise avec l’IA » ?
C’est le vrai défi côté recruteur. Avec l’IA générative, il est facile de faire un show impressionnant sans réelle profondeur mais en réalité, ce qui impressionne vraiment, c’est ce que le candidat a produit concrètement : une maquette, un prototype, une application développée en autonomie et un esprit de créativité. Le cycle de vie du développement s’est raccourci à un point où n’importe qui dans la chaîne peut presque produire seul un produit entier. Si vous arrivez avec ça, vous n’avez plus besoin de grandes certifications au-delà d’un diplôme scientifique reconnu.
Orange a-t-il mis en place des dispositifs pour accompagner cette montée en compétences ?
Oui, et notre partenariat avec Coursera en est une illustration et un levier central. Depuis plusieurs années, de nombreux collaborateurs Orange peuvent accéder à la plateforme, à un tarif négocié très en deçà du prix public. L’offre couvre la data, le cloud, l’IT et désormais tout l’écosystème IA générative. Les formations réalisées sont trackées, valorisées dans le suivi de carrière, et les experts peuvent y aller bien au-delà des parcours généralistes. C’est un vrai accélérateur.
Au-delà de la formation, les communautés métiers d’Orange jouent un rôle essentiel dans le développement des compétences. L’apprentissage progresse souvent plus vite lorsque l’on peut s’appuyer sur l’expérience de collègues qui partagent leur savoir-faire, leurs bonnes pratiques et des cas d’usage concrets adaptés à notre environnement. Cela se traduit notamment par des événements réguliers, ouverts à l’ensemble du Groupe et à toutes nos géographies. Là encore, c’est un puissant accélérateur de montée en compétences.







