● Orange y apporte ses compétences techniques (cybersécurité, télécoms, edge computing) et un débouché commercial potentiel, qui est le meilleur signal de financement pour une start-up.
● Le dirigeant de l’association, Romain Roullois, présente le projet et l’intérêt du partenariat à l’occasion de VivaTech 2026, où l’association et Orange sont présents.
Quelle est votre définition de la deep tech en 2026 ?
Romain Roullois. La deep tech est une caractéristique transversale à certaines sociétés ou certains projets, que l’on peut résumer à l’intensité scientifique contenue dans la proposition de valeur d’une entreprise. Dans le quantique, presque toutes les startups sont deep tech ; dans la foodtech, une société de bioproduction alimentaire l’est, mais pas un service de livraison. Concrètement, on retrouve quatre marqueurs : des dépenses de R&D supérieures à 20% des charges, au moins un fondateur scientifique, un lien direct avec la recherche, c’est-à-dire un contrat ou une origine en laboratoire et, enfin, une innovation protégée par la propriété intellectuelle. En 2026, la vague de la souveraineté technologique porte fortement sur le sujet : beaucoup de sociétés cherchent à s’y inscrire, et cela crédibilise leur projet aux yeux des investisseurs et des partenaires.
Un contrat est le meilleur signal de financement qui soit, devant une levée ou une subvention, parce qu’il prouve qu’il existe un besoin de marché
À quoi sert l’association France Deeptech que vous dirigez ?
L’association est née il y a trois ans pour fédérer des acteurs qui ne se reconnaissaient pas dans les corps intermédiaires existants, tant leurs enjeux diffèrent du reste de la Tech. Nous réunissons aujourd’hui 350 membres : deux tiers de startups et scale-up, du quantique au Newspace, comme Pasqal, Alice & Bob, The Exploration Company, et un tiers réparti entre investisseurs spécialisés, acteurs de la recherche (CNRS, CEA, Inria, Polytechnique, ENS, etc.), partenaires (avocats, banques, conseils en propriété intellectuelle) et grands groupes comme Orange. Nous avons deux missions : fédérer l’écosystème via des événements, et le représenter pour peser auprès des institutions, en France comme à l’échelle européenne.
Quels sont les défis propres à ces start-up ?
D’abord le financement de leur croissance, car il manque, en France et en Europe, des poches capables de mener des tours de table de 50 à 500 millions d’euros. Ensuite la sortie [la revente des sociétés] : l’exit reste mal structuré de ce côté de l’Atlantique, alors qu’elle est indispensable pour les entrepreneurs autant que les fonds qui eux se rémunèrent et investissent ensuite dans d’autres startups. On peut ajouter à cela le passage à l’échelle qui est particulièrement délicat dans ce secteur. Pour autant, la France est bien positionnée et compte environ 4000 startups deeptech, et se place deuxième pour le rythme de création de sociétés derrière le Royaume-Uni et devant l’Allemagne. Cette dynamique est portée par des laboratoires de référence comme le CNRS et le CEA-Leti et par l’excellence des formations scientifiques.
Que vient faire un groupe comme Orange dans cet écosystème ?
Orange va nous apporter différentes choses : côté compétences d’abord, un appui technique, car Orange dispose d’experts en cybersécurité, en télécommunications ou en edge computing, qui sont précieux pour une startup qui développe son POC (proof of concept). Il y a aussi la possibilité pour les startups que nous représentons de trouver des débouchés commerciaux : un contrat avec un grand compte est le meilleur signal de financement qui soit, même devant une levée ou une subvention, parce qu’il prouve que le projet répond à un besoin stratégique. Côté stratégique, il y a également les potentiels investissements via le corporate venture, et la perspective d’un rachat, donc d’un exit pour les entrepreneurs.
Pourquoi la deeptech séduit-elle à nouveau malgré ses cycles de développement réputés si longs ?
La raison principale est sûrement qu’une startup deeptech s’adresse en général à un problème global / un marché mondial (exemple de l’ordinateur quantique) tout en présentant une forte défensivité. L’hypercroissance des modèles digitaux et logiciels a énormément séduit – et continue de le faire, mais on réalise aujourd’hui que leur barrière défensive est plus fragile. À l’inverse, une startup deeptech prend du temps, mais elle développe de la propriété intellectuelle solide et de véritables barrières à l’entrée. Faire de la deeptech, ce n’est pas s’enfermer dans un laboratoire pendant dix ans en attendant de sortir un produit fini. Le développement se fait par phases d’itération, avec des tests et des POC qui permettent de générer de la traction commerciale bien avant l’aboutissement. Un exemple d’un partenaire d’Orange, Quandela dans l’ordinateur quantique : ils ont vendu un prototype au CEA il y a quelques mois, ce qui est une première étape vers la commercialisation, à l’échelle, d’un produit plus abouti.






