Quel objectif ultime assigner à l’innovation ? Les speakers de la keynote d’ouverture d’OpenTech 2025 arguent qu’on ne devrait pas chercher à innover dans le seul but de faire progresser la technologie ou de bouleverser le marché, mais plutôt à la mettre au service du progrès humain pour tous. Ce principe doit guider les efforts en matière d’innovation, chez Orange comme partout dans le monde.
« L’innovation n’a de sens que si elle sert le progrès », propose ainsi Bruno Zerbib, Chief Technology & Innovation Officer chez Orange. « Le progrès ne se limite pas à la technologie. Il s’agit de créer des résultats qui résolvent des problèmes concrets pour des personnes réelles et améliorent la condition humaine. L’innovation ne devrait pas se limiter à faire advenir le prochain produit ou la prochaine fonctionnalité. Elle doit servir à façonner l’avenir auquel nous croyons. »
L’innovation doit être le moteur du progrès humain. Ce principe doit guider les efforts en matière d’innovation, chez Orange comme partout dans le monde.
L’innovation doit résoudre les problèmes concrets auxquels sont confrontés les individus et créer une valeur sociétale à long terme, plutôt que de simplement provoquer des perturbations à court terme. Pour cela, il est essentiel d’améliorer la qualité de vie dans des domaines tels que la sécurité, la santé, l’autonomie et l’inclusion. En fin de compte, l’innovation doit être source de confiance, de simplicité et de valeur partagée pour nous toutes et tous.
L’innovation en matière d’IA est rapide
Aujourd’hui, une grande partie du débat sur l’innovation porte sur l’IA. La vitesse de l’innovation axée sur l’IA est sans précédent, dépassant même celle des débuts de l’Internet. « Ce rythme effréné de l’innovation entraîne des bouleversements économiques et technologiques généralisés, ce qui signifie que les stratégies d’innovation d’hier ne sont tout simplement plus applicables. Il n’y a pas le temps de tester, de réfléchir ou de comprendre, et le risque est grand que certaines personnes soient laissées pour compte », prévient Bruno Zerbib.
La pression concurrentielle pour réussir dans le domaine de l’innovation avec l’IA doit être contrebalancée par la prise de responsabilité éthique et environnementale. C’est particulièrement pertinent pour les grandes organisations telles qu’Orange, avec ses 125.000 employés et 300 millions de clients. La responsabilité augmente avec la taille et les grandes entreprises devraient donc définir une trajectoire à long terme pour l’innovation en matière d’IA, plutôt que de se contenter de rechercher des fonctionnalités supplémentaires.
L’utilisation responsable de l’IA
Une partie de cette trajectoire à long terme pour l’innovation dans le domaine de l’IA consiste à l’utiliser de manière responsable. L’IA devrait par principe augmenter les capacités humaines, libérant ainsi les individus afin qu’ils puissent se concentrer sur des tâches plus valorisantes et plus significatives, tout en leur laissant le contrôle. Bruno Zerbib : « Chez Orange, nous pensons que l’IA n’a pas pour but de remplacer les individus. Elle vise à améliorer leur travail et à le rendre plus significatif. Nous ne voulons pas utiliser l’IA lorsque les êtres humains peuvent faire un très bon travail. »
Pour utiliser l’IA de manière responsable, il faut par ailleurs s’assurer que son impact environnemental ne l’emporte pas sur ses avantages. Les utilisateurs doivent comprendre cela en ayant une idée du coût carbone de l’IA. Par exemple, la plateforme multi-LLM Live Intelligence d’Orange permet aux utilisateurs de sélectionner les modèles les plus économes en énergie pour leur projet.
L’accent mis sur la durabilité, explique Elizabeth Tchoungui, vice-présidente exécutive chargée de la responsabilité sociale d’entreprise chez Orange, guide les choix de l’entreprise : « Chaque fois que nous voulons déployer une solution d’IA, nous mesurons son impact carbone. Parfois, nous abandonnons une solution parce que son coût environnemental est trop élevé. »
Renforcer la confiance dans l’IA
Un thème récurrent, lors de cette keynote, est le besoin des entreprises et des utilisateurs de pouvoir accorder leur confiance à l’IA. Ils doivent avoir l’assurance que leurs interactions numériques sont sécurisées et que les résultats sont fiables. Cela nécessite une transparence quant à la manière dont les systèmes d’IA sont conçus et utilisés, ce qui n’est pas toujours le cas dans les innovations actuelles.
Outre le problème des hallucinations que peuvent produire les LLM, l’IA peut également être utilisée par des acteurs malveillants pour saper la confiance. Cela inclut les escroqueries, le phishing et les deepfakes basés sur l’IA, explique Bruno Zerbib. « Il n’y a pas de risque zéro, mais nous devons trouver un moyen de réduire les risques, et parfois nous utilisons l’IA pour nous protéger de l’IA. »
Éducation et inclusion
La culture ou littératie numérique est essentielle pour instaurer cette confiance dans l’IA. Les individus, les employés et les citoyens doivent comprendre les forces, les limites et les risques de l’IA afin de l’utiliser de manière responsable. L’éducation est donc le meilleur remède contre la peur et le battage médiatique autour de l’IA, car elle permet aux gens d’utiliser l’IA pour collaborer plutôt que de se sentir menacés par elle.
« L’IA est une technologie qui aide les gens à accomplir davantage : c’est l’histoire de la technologie », explique Greg Hart, CEO de Coursera et ancien responsable du programme Alexa. Il affirme que l’IA joue un rôle crucial dans l’élaboration des services d’apprentissage proposés par Coursera : « Nous nous dirigeons vers un monde où l’apprentissage peut être entièrement personnalisé pour chaque individu. ». Elle permet aux dirigeants d’entreprise d’offrir des possibilités d’apprentissage continu à tous leurs employés, favorisant ainsi le perfectionnement et la curiosité à tous les niveaux.
Croissance et responsabilité vont de pair
Un consensus s’est dégagé lors de la conférence sur l’idée que la responsabilité n’est pas un frein à la croissance et que les deux sont plutôt indissociables. Le succès économique à long terme dépend d’une performance durable qui profite à tous les citoyens, et non à quelques-uns seulement. La mesure de l’impact ne doit pas servir de simple rapport a posteriori mais doit orienter les décisions, influencer les investissements, les choix de produits et l’adoption de technologies.
L’innovation doit également profiter au monde entier, y compris aux marchés africains en pleine croissance, où les choix d’investissement doivent être adaptés au marché local. « L’Afrique est jeune. Les gens ont des rêves, des espoirs et des attentes, que l’innovation doit les aider à concrétiser », témoigne Yasser Shaker, CEO d’Orange Middle East & Africa.
Réaliser ces rêves peut reposer sur une innovation frugale, privilégiant l’impact plutôt que la sophistication. Cette innovation simple et axée sur les objectifs répond aux contraintes du monde réel et donc fonctionne bien dans les environnements où les infrastructures, les revenus ou les ressources sont limités. Elle aboutit à des solutions « sur mesure » qui apportent une valeur essentielle, telle que la connectivité, l’énergie, l’éducation et l’inclusion financière, sans complexité ni coût superflus.