• Jean-Marie Mélé, Orange Fellow, est responsable de l’audit et de la qualification des risques chez Orange. Il explique que le slicing est une technologie stratégique pour les besoins de communications prioritaires ou d’isolation de flotte.
Le network slicing, qui consiste à découper le réseau en plusieurs sous-réseaux indépendants sur la même infrastructure, est aujourd’hui considéré par de nombreux analystes comme l’avenir des réseaux, notamment pour des raisons de sécurité. Pourquoi ?
Parce qu’il permet une véritable isolation. Par exemple, dans une usine du futur, on ne souhaite pas qu’un robot industriel soit exposé aux terminaux mobiles des visiteurs : l’objectif est donc d’isoler les réseaux. Toutefois, cette approche se heurte à la philosophie du « Zero Trust ». Aujourd’hui, on ne fait plus confiance à l’infrastructure : ce sont le terminal et l’application qui doivent porter leur propre sécurité.
Une tranche dédiée — et le prix associé — a peu d’utilité pour une clientèle grand public. En revanche, cela peut se révéler essentiel pour des clients professionnels ou VIP ayant de réels besoins de qualité de service et de sécurité.
Pour certains domaines, le slicing reste toutefois indispensable…
On peut se demander si faire porter la sécurité par l’infrastructure n’est pas un combat d’arrière‑garde. Ce serait pourtant méconnaître la réalité de certains domaines d’emploi, où il n’est pas toujours possible de durcir totalement les équipements.
Cela peut tenir au rythme de correction des vulnérabilités limité par les impératifs de disponibilité de certaines applications critiques, ou encore à la difficulté d’obtenir de certains fournisseurs un durcissement à la hauteur des menaces actuelles. On pense ici aux domaines industriels, à l’embarqué (smart cities, etc.) ou au médical, entre autres. Pour ces secteurs, l’apport des slices en matière de sécurité est loin d’être négligeable et peut même constituer un argument majeur dans le choix de cette technologie.
De même, certains services critiques nécessitent une bande passante garantie, comme les réseaux de secours. En cas d’événements où tout le monde cherche à communiquer en même temps, les services d’urgence doivent disposer de tranches prioritaires. Cela peut aussi être utile lors d’événements sportifs nécessitant une transmission en direct de haute qualité, ou encore pour les véhicules autonomes. Ici, le slicing apporte qualité de service et isolation des terminaux, évitant ainsi les perturbations ou attaques potentielles.
Allons-nous vers un déploiement massif du network slicing ?
Le network slicing, même s’il est prometteur, reste un sujet jeune. Pour l’instant, il n’existe pas de déploiements massifs, mais les réels usages commerciaux arrivent.
Quand on parle de priorisation, la question de la neutralité du Net mérite d’être posée…
Oui. D’ailleurs, l’Arcep a publié en 2022 une note intitulée « Neutralité du Net – 5G et network slicing ». Celle‑ci rappelle que le slicing n’est pas incompatible avec la neutralité du Net. On y trouve de nombreux considérants, mais l’essentiel est que les offres ne doivent pas affecter la qualité générale des services d’accès à Internet — ce qui est bien évidemment le cas.
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Jean-Marie Mélé


