● Dans le secteur télécom, Orange se positionne en faveur de la sobriété hydrique et énergétique en privilégiant les circuits d’eau de refroidissement fermés et le free cooling (utilisation de l’air extérieur) pour le refroidissement. L’opérateur juge l’approche préférable à celle des grands acteurs américains qui recourent aux tours de refroidissement par évaporation.
● Le secteur explore notamment trois pistes : la récupération de chaleur fatale, l’introduction d’une étiquette énergétique pour les serveurs et l’adoption d’algorithmes d’IA plus frugaux.
Électricité. D’après l’Agence Internationale de l’Énergie, la consommation électrique mondiale des datacenters a augmenté de 17% en 2025, de 50% pour ceux dédiés à l’IA, dans le contexte d’une croissance de la demande électrique mondiale de +3%. D’ici 2030, la consommation d’électricité des centres de données devrait doubler et celle des centres spécialisés dans l’IA devrait tripler. Même en France, pays qui bénéficie d’une énergie nucléaire bas carbone, l’Arcep a constaté une hausse de +12% de la consommation électrique des datacenters en 2024 par rapport à 2023.
Chaleur. Aux Etats-Unis, où la prise de conscience de l’urgence climatique est pourtant moindre qu’en Europe, l’efficacité énergétique des datacenters est un sujet identifié : « Certains datacenters dédiés à l’IA créent des « îlots de chaleur », réchauffant les terres environnantes jusqu’à 16 degrés Fahrenheit (9 degrés Celsius) », expliquait CNN fin mars. Une étude menée par Andrea Marinoni du Centre for Earth Observation de l’Université de Cambridge précise que 340 millions de personnes dans le monde pourraient être affectées par ces hausses. David Nörtershäuser, Expert Energy & Environment chez Orange, explique que les puces conçues pour entraîner et faire tourner l’IA dissipent aujourd’hui des puissances colossales : « Une puce Nvidia B300 qui consomme 1400W dissipe 1400W en chaleur… Ce n’est plus seulement une question d’électricité consommée, c’est aussi la densité thermique en salle qui a changé. »
Eau. S’ajoutent les impacts sur la disponibilité d’eau pour les centres de données qui utilisent des tours de refroidissement pour refroidir les infrastructures.
Un changement de paradigme dans les infrastructures IT
David Nörtershäuser note que la vulnérabilité des infrastructures existantes face au changement climatique interroge de nombreux acteurs. Des études de vulnérabilité sont en cours. « Une autre question émerge, plus politique : en cas de canicule extrême, par exemple Paris à 50°, faudra-t-il délester ? Pourra-t-on se permettre de réduire le service pour ne conserver que les usages essentiels ? » La croissance des usages appelle donc à des approches raisonnées. « Il y a une volonté, souligne le chercheur, d’améliorer l’efficacité énergétique des datacenters. On est conscient de la nécessité de contrôler l’évolution de cette énergie consommée. » Les opérateurs télécom ne consacrent aux datacenters que 9% de leur consommation électrique, mais restent vigilants face à l’arrivée de l’IA et à l’hébergement de GPU dans leurs centres de données.
Orange a réussi à réduire son empreinte grâce à une politique de rationalisation et des chantiers de mise à niveau. En France, l’opérateur ferme des petits datacenters et optimise des grands centres. En Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, pour accompagner la croissance de la demande de services, il remplace des datacenters anciens par des infrastructures plus performantes et plus efficientes, à l’image du projet mené au Botswana. Il s’engage dans la solarisation de ses datacenters et travaille avec ses fournisseurs via des contrats de progrès pour réduire l’empreinte carbone de ses serveurs.
Le choix d’Orange : circuit fermé et sobriété hydrique
Sur la question de l’eau, Orange assume un positionnement distinct de celui des grands acteurs américains. « Les Gafam recourent largement aux tours de refroidissement par évaporation. Une technique économique, mais gourmande en eau », au point de provoquer des restrictions d’approvisionnement dans certaines communes où leurs datacenters s’implantent, comme en Espagne. « Chez Orange, nous avons fait le choix délibéré de privilégier les circuits fermés et le free cooling. » En d’autres termes, l’utilisation de l’air extérieur comme source de rafraîchissement tant que les températures le permettent. La climatisation est sollicitée uniquement si c’est inévitable, sans évaporation. L’opérateur innove avec le refroidissement par eau intégré directement au niveau des puces, l’activation d’un mode veille pour les serveurs à trafic nul et l’optimisation continue des circuits de refroidissement pour accueillir les GPU dans ses datacenters. D’autres acteurs, tel OVH, utilisent le refroidissement liquide direct (direct liquid cooling), qui permet de traiter les charges les plus denses tout en réduisant de façon significative les besoins en climatisation.
Trois pistes pour réduire l’empreinte du secteur
- La récupération de chaleur fatale.Une directive européenne, récemment transposée en droit français, oblige désormais toute nouvelle construction de datacenter à récupérer au moins 20% de la chaleur produite pour la réutiliser. « Cela pourrait monter à 40% », précise David Nörtershäuser.
- L’étiquette énergétique pour serveurs. Une norme européenne est en cours de rédaction pour doter les serveurs d’une étiquette énergétique standardisée, basée sur des benchmarks. Elle permettrait aux acheteurs de comparer la consommation réelle des machines pour un même résultat de calcul. « Jusqu’à présent, les architectes qui décident des machines n’ont pas de visibilité. »
- Les algorithmes frugaux et l’amélioration de l’efficacité énergétique. Des modèles d’IA moins énergivores existent et progressent. Mais pour David Nörtershäuser, « il faut encourager toute l’industrie à développer des équipements moins énergivores ». Sur ce dernier point, un article de recherche intitulé « Balancing Sustainability And Performance: The Role Of Small-Scale LLMs In Agentic Artificial Intelligence Systems » (publié en février 2026 par des chercheurs de Capgemini Invent et Salesforce) examine l’impact énergétique de l’inférence des grands modèles de langage (LLM) lorsqu’ils sont intégrés dans des systèmes d’IA d’agents. L’étude souligne que le remplacement de modèles propriétaires fermés et massifs (comme GPT-4o) par des modèles ouverts plus petits (ou dotés d’architectures spécifiques) offre un gain d’efficacité énergétique majeur, jusqu’à 70%. Dans cette même direction, les équipes d’Orange travaillent sur ShortLM, une approche visant à adapter les modèles LLM vers des versions plus légères et plus efficientes.
Autres innovations émergeant sur le marché : TPU, cloud mutualisé, Edge
- Les TPU (Tensor Processing Units) de Google, des puces spécialisées, permettent de réduire drastiquement la consommation énergétique du travail d’inférence, d’après cette étude de 2025 (https://arxiv.org/abs/2502.01671).
- Le développement du cloud mutualisé constitue une piste complémentaire pour favoriser un usage horizontal et partagé des ressources, limitant ainsi la duplication des infrastructures.
- Le déploiement d’infrastructures en Edge (périphérie de réseau) implique des adaptations logistiques comme l’intégration de systèmes de climatisations adaptées, l’implémentation de ces équipements pourra être légitimée par la viabilité du modèle d’affaires et la démonstration d’un bilan énergétique global favorable. Afin de valider la pertinence économique et environnementale de cette opportunité stratégique, Orange étudie actuellement ce scénario, qui inclut une étude de rentabilité et le coût total d’exploitation énergétique (TCO).
Éduquer pour changer les comportements
Enfin, derrière les équipements, il y a les comportements. Orange s’est engagé à évaluer l’empreinte carbone de l’ensemble de ses achats et à développer la vente de terminaux recyclés. Demeure cette question sociétale : comment responsabiliser les usagers sans tomber dans l’injonction culpabilisante ? La réponse, pour le chercheur, passe avant tout par l’éducation et ce, dès le plus jeune âge.







