Le secteur des télécommunications est de plus en plus menacé par l’impact grandissant sur les infrastructures réseau de l’instabilité géopolitique, des cyberattaques, des risques climatiques et des défaillances techniques. Dans un contexte de perturbations de plus en plus fréquentes, la résilience devient une priorité absolue.
La société moderne dépend désormais presque entièrement des systèmes numériques. Toute panne ou crise peut avoir un impact immédiat et généralisé. Michaël Trabbia, directeur exécutif d’Orange et CEO Orange Wholesale, cite lors d’une keynote à Orange OpenTech des exemples récents, notamment la récente panne d’électricité en Espagne et une panne informatique aux États-Unis qui a cloué au sol des vols dans le monde entier.
Construire une infrastructure de télécommunications résiliente pour faire face aux défis géopolitiques, aux cyberattaques et aux défis environnementaux.
La vie quotidienne repose sur les services numériques
Aujourd’hui, 99% des activités B2B mondiales du groupe Orange transitent par des câbles sous-marins et des réseaux numériques, explique-t-il. « C’est devenu une infrastructure vitale pour les économies, les citoyens et les gouvernements, tout dépendant désormais du numérique. »
Cette dépendance nous expose de plus en plus aux risques, y compris nouveaux. Outre les pannes technologiques traditionnelles, les risques géopolitiques et cybernétiques sont de plus en plus présents. « Ces conflits ne sont pas toujours armés », souligne Michaël Trabbia, citant les tensions entre les États-Unis et la Chine, qui font craindre que l’accès à des technologies clés telles que les réseaux satellitaires, comme Starlink, puisse être restreint ou supprimé. Les cyberattaques visent de plus en plus les opérateurs. « Si ces risques existaient déjà par le passé, les partenariats les multiplient. »
Jérôme Hénique, vice-président exécutif d’Orange et CEO Orange France, souligne également le risque climatique lié à la gestion de phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes. Lors du cyclone Chido, par exemple, les réseaux fixes et mobiles d’Orange ont été gravement touchés à Mayotte. Il est important d’être « résilient et réactif, car nous allons connaître davantage de crises de ce type ». Orange a réussi à rétablir une grande partie du réseau mobile, couvrant 80 % de la population, en moins de 10 jours.
« Nous devons anticiper et évaluer le risque et ce que nous disent nos clients, et je pense que nous devons en tenir compte. Les services sont essentiels. Informer les clients en toute transparence et rétablir rapidement les services est un critère important dans le choix des opérateurs. »
Orange a compris qu’en ce qui concerne les entreprises, pour une question de confiance, il était impératif de rétablir l’eau, l’électricité et Internet en moins de deux heures. « Même si nous ne pouvons pas le garantir pour tout le monde, nous devons le garantir pour les entreprises. Nous industrialisons donc le système de gestion de crise et apprenons à agir vite, en tirant les leçons de la crise précédente. »
De l’importance d’une stratégie d’adaptation au changement climatique
Huu-An Pham, vice-président chargé de l’adaptation territoriale chez AXA, souligne l’importance de s’adapter au changement climatique pour soutenir les efforts de résilience. « L’objectif réglementaire et les rapports financiers supplémentaires sont des facteurs qui obligent les entreprises à divulguer toute initiative qu’elles prendraient pour être plus résilientes, explique-t-il. Il s’agit d’une question de continuité des activités, de stratégie et de fonctionnement quotidien. » Il remarque que les clients dépendent des fournisseurs pour assurer la continuité de leurs activités, mais que les « nombreuses interdépendances » compliquent la tâche.
Jérôme Hénique approuve : « Nous faisons beaucoup, et nous ne le faisons pas seuls. Nous avons avant tout besoin d’énergie pour faire fonctionner les infrastructures, donc de travailler avec des différentes entités et partenaires, dont nous dépendons, et qui ont besoin de nous en temps de crise. »
Orange adopte des mesures audacieuses pour garantir sa résilience. Le groupe investit 50 millions d’euros sur les cinq prochaines années dans des systèmes de redondance et de sauvegarde pour ses réseaux. Il investit également dans le redimensionnement, la conception robuste et des capacités de réparation solides afin de garantir que les systèmes puissent se rétablir rapidement et continuer à fonctionner lors des épreuves. « En cas de crise climatique, il faut vérifier si le réseau est toujours opérationnel et, si ce n’est pas le cas, s’il peut être réparé. L’investissement dans la capacité à intervenir rapidement vise donc avant tout à assurer la continuité. »
AXA Climate aide à évaluer les vulnérabilités et, à un niveau stratégique, à identifier les régions vulnérables aux inondations et autres problèmes liés aux conditions météorologiques. Orange peut ainsi mieux élaborer des plans d’intervention afin d’assurer la continuité du service. Pour Jérôme Hénique, « nous devons démontrer que nous faisons tout ce qui est nécessaire pour nous protéger ». Huu-An Pham insiste : « Nous devons passer de la réparation à l’anticipation, et la nouvelle logique de crise consiste à anticiper plus que jamais. »
Les investissements d’Orange dans les infrastructures se poursuivent
Orange a une conscience vive de l’importance de la responsabilité de la gestion des dorsales Internet. En cas de défaillance des systèmes, l’impact n’est pas seulement local : l’ensemble du réseau peut être perturbé. Les infrastructures doivent atteindre des objectifs de disponibilité de 99% ou plus, ce qui nécessite des normes opérationnelles strictes, explique Michaël Trabbia.
De plus, il faut gérer des risques techniques importants, en particulier sur les câbles sous-marins, qui peuvent être coupés ou endommagés par des événements naturels ou des activités humaines. La diversité des itinéraires et le maillage sont essentiels pour que le trafic, si un câble tombe en panne, puisse passer ailleurs. La sauvegarde seule ne suffit pas. Orange doit également fournir une capacité suffisante et des solutions opérationnelles. Sans un investissement soutenu dans la prévention, la redondance et la préparation aux réparations, la fiabilité du réseau ne peut être garantie.
La dimension nouvelle des risques cyber
Les attaques malveillantes sont en augmentation, y compris les injections de logiciels malveillants (malware), qui posent des problèmes nouveaux au secteur des télécommunications. Les acteurs malveillants exploitent de plus en plus la complexité des réseaux et les infrastructures existantes pour perturber les services, compromettre les données et éroder la confiance des clients.
Pour y remédier, Orange réévalue son modèle économique et adopte les technologies open source – de quoi rendre sa stratégie « autonome et indépendante », explique Michaël Trabbia. Le nouveau modèle opérationnel repose sur la technologie cloud afin de fournir des services plus rapides et d’innover avec de nouvelles solutions. « Si je veux un nouveau réseau aujourd’hui, cela prendra beaucoup de temps ; mais s’il est virtualisé sur la base du cloud, nous pouvons rétablir la fonctionnalité en quelques heures. Il s’agit d’un changement important pour relever les nouveaux défis. »
On ne peut développer la résilience en étant seul
La planification au niveau national est primordiale. La préparation et la réponse aux crises exigent également une approche globale, soutenue par une présence mondiale, conclut Jérôme Hénique. « On ne peut pas être résilient tout seul », dit-il, affirmant que c’est quelque chose sur lequel les équipes de l’opérateur travaillent en permanence.
À l’avenir, d’après Michaël Trabbia, le principal défi sera d’ancrer la transformation « dans notre ADN, dans tout ce que nous faisons », afin de donner aux clients la certitude qu’ils ont accès à des services fiables, continuellement adaptés à des environnements en constante évolution. Une innovation à cette échelle ne se réalise pas seul dans son coin : « Pour aller plus vite et innover, nous devons collaborer. » Cela implique d’adopter des solutions open source et de travailler en étroite collaboration avec l’écosystème des partenaires afin de se transformer collectivement et d’assurer une résilience à long terme.