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Gaia-X, des services cloud pour promouvoir la souveraineté européenne


“Le projet est ouvert à toutes les entreprises, quelle que soit leur nationalité. Il n’y a qu’une exigence pour intégrer l’écosystème Gaia-X : en respecter les valeurs et les règles du jeu, qui sont fixées par les acteurs européens.”


Orange est l’un des vingt-deux membres fondateurs du projet Gaia-X. Parfois surnommé le “cloud souverain européen”, son enjeu dépasse la seule infrastructure d’hébergement pour englober tous les services de données. Alors, qu’est-ce vraiment que Gaia-X ?

Annoncée le 4 juin pour un démarrage officiel fin septembre, la Fondation Gaia-X rassemble le fleuron de l’industrie franco-allemande (Deutsche Telekom, Siemens, SAP, BMW, Atos, EDF, Safran, Orange, etc.), ainsi que deux instituts académiques : Mines-Télécom et le Fraunhofer (institut allemand spécialisé dans la recherche en sciences appliquées, notamment à l’origine du format MP3). De nouveaux pays membres les rejoindront rapidement car, avec Gaia-X, l’ambition est bien européenne. L’enjeu, quant à lui, est de créer des espaces de partage de données, les “data spaces”, dans lesquels tous les opérateurs pourront cohabiter, qu’ils soient européens ou non, qu’ils soient petits ou géants comme Amazon, Microsoft et Google. Cette interopérabilité entre les briques de services suppose de dépasser certains cloisonnements, en particulier en ce qui concerne l’identification de l’utilisateur. Au travers d’une identité fédérée, l’objectif est qu’un utilisateur Gaia-X soit reconnu par tous les fournisseurs de l’écosystème. Les premiers cas d’usage entre différents fournisseurs doivent être opérationnels dès début 2021 dans des “data spaces” liminaires, qui serviront de premiers cas d’usages.

Un cloud “souverain”, qu’est-ce à dire ?

La souveraineté n’est pas qu’une question de localisation de données ou de respect d’un référentiel réglementaire. Comme l’explique Cédric Prévost, Directeur Marketing Cloud de Confiance chez Orange Business Services et représentant d’Orange au sein de l’écosystème Gaia-X, “il faut considérer la manière dont sont opérés les services, les éventuelles législations extra-territoriales qui s’appliqueraient, le socle technologique, son évolutivité, la capacité pour les clients de vérifier que leurs données sont bien traitées comme on le leur dit. Quand on a rassemblé ces critères, force est de constater qu’aucune solution ne peut y répondre en totalité avec le maximum de protections et sur une base purement européenne”. Les clients sont donc amenés à prioriser les critères les plus essentiels pour eux, compte tenu de leurs besoins et de leurs impératifs règlementaires. En combinant différentes briques, qui existent malgré tout, on obtient donc une déclinaison de solutions plus ou moins souveraines. C’est la réalité numérique que veut aborder de front l’écosystème européen Gaia-X, en prenant garde à ne pas se replier sur la seule Europe. Dans cet écosystème complexe, la méthode pour garantir à l’utilisateur que ses données ne seront pas compromises reste à élaborer.

Gaia-X appliqué à l’IA, un exemple de cas d’usage

Un fournisseur souhaite utiliser un modèle pour améliorer sa reconnaissance de panne sur ses matériels. Au travers d’un “data space” Gaia-X, il met en commun différentes données de monitoring remontées depuis ses clients, les stocke sur un ou plusieurs clouds souverains (dans la mesure où ces données sont sensibles) et utilise un service d’apprentissage automatique (machine learning). Parce que celui-ci livre un résultat (modèle entraîné) qui ne permet pas de remonter aux données initiales, il est alors possible d’exploiter ce modèle prédictif sur les plateformes les plus innovantes du marché, même si elles ne sont pas souveraines, sans risque pour les données. “Ce sera le principal défi de Gaia-X lorsque viendra le temps de concrétiser la notion de “data space” : parvenir à combiner des services souverains et moins souverains, c’est-à-dire garantir l’étanchéité des données. En rassemblant un grand nombre d’expertises et en combinant les visions des utilisateurs avec celles des fournisseurs, l’écosystème aura la capacité d’écrire cette réponse technique.” Gaia-X devra aussi être capable de suivre le rythme rapide des évolutions. Si l’IA est le sujet du moment, d’autres émergent déjà, comme la vision par ordinateur (“computer vision”) et le futur de l’infrastructure cloud, “l’edge computing”, qui se préparent dès aujourd’hui.

Un écosystème ouvert, mais bâti pour les intérêts européens

La fondation Gaia-X, entité de gouvernance de l’écosystème Gaia-X, est établie sur la base juridique d’une association à but non lucratif de droit belge – notamment pour être au plus près des instances européennes, car le projet doit se coordonner avec les initiatives transverses telles que la 5G ou la connectivité trans-européenne. Le projet est toutefois ouvert à toutes les entreprises prêtes à y investir du temps, quelle que soit leur nationalité. Il n’y aura qu’une exigence fondamentale pour intégrer la fondation : en respecter les valeurs et le règlement intérieur (règles), qui sont fixés par les acteurs européens. Pour les fournisseurs, cela passera sûrement par des obligations tel que disposer d’une clause contractuelle de réversibilité, ou encore l’obligation de déclarer les législations applicables à leur offre, comme par exemple, le Cloud Act américain. Dans un objectif de transparence, identifier ce type de critères qui sont des marqueurs de souveraineté chez les fournisseurs du marché, sera un des premiers objectifs de Gaia-X – qui aidera n même temps à la mise en visibilité des solutions européennes existantes.

Gaia-X, un écosystème attractif ? 

Les principaux acteurs du cloud ont manifesté leur intérêt pour Gaia-X. Il faut dire qu’ils détiennent les deux tiers du marché cloud public en Europe et que, dans les prochaines décennies, Gaia-X cristallisera ces enjeux sur le continent. D’ailleurs, les “hyperscalers” (sociétés effectuant des opérations informatiques à très grande échelle) se montrent déjà présents dans les groupes de travail techniques initiés à l’origine du projet en Allemagne. Mais cela garantit-il le succès de l’écosystème ? “Gaia-X positionne les enjeux à l’échelle européenne. Les tentatives antérieures de cloud souverain étaient plutôt nationales : France, Allemagne, R-U, Japon, Canada ont un marché national trop faible pour supporter un tel investissement sur le seul marché des infrastructures cloud. Disposer d’un marché intérieur de taille suffisante, c’est une des raisons pour laquelle la Chine et les États-Unis ont pu tirer leur épingle du jeu. En complément de l’infrastructure cloud, Gaia-X se concentre désormais sur les services data, c’est-à-dire là où est la valeur pour le client. Il bénéficie du soutien majeur des gouvernements, français et allemands pour l’instant, et bientôt de nombreux autres Etats membres se joindront pour en faire un projet pleinement européen. Ce n’est ainsi pas un hasard si Gaia-X est un des rares projets concrets mentionnés dans la stratégie numérique publiée en février par la Commission Européenne. Donc, je pense qu’on peut le dire : avec Gaia-X, la souveraineté européenne se fraye un chemin inédit, qui ne s’oppose plus à l’innovation numérique ! La communauté Gaia-X est dynamique et engagée, les prochains mois seront cruciaux pour que cette collaboration porte ses fruits pour transformer la chenille en papillon.”


“Le projet est ouvert à toutes les entreprises, quelle que soit leur nationalité. Il n’y a qu’une exigence pour intégrer l’écosystème Gaia-X : en respecter les valeurs et les règles du jeu, qui sont fixées par les acteurs européens.”


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